Itinéraire 01.

Portbou - Cadaques

Quand les années 60 inventaient les vacances au soleil

Bien plus qu’une succession de criques secrètes et d’adresses au charme rétro, la Costa Brava cultive une élégance discrète, entre paysages sauvages, villages préservés et traditions vivantes. De la mer aux reliefs de l’arrière-pays, sa cuisine et son patrimoine racontent une Méditerranée plurielle, loin des clichés balnéaires.

Cap Creus

Cadaquès

Au Cap de Creus, là où les derniers reliefs des Pyrénées plongent dans les eaux profondes de la Méditerranée, la nature compose l’un des paysages les plus saisissants de la côte catalane. Les structures minérales et les affleurements sculptés par le temps dessinent un relief sauvage, tourmenté, où chaque formation semble porter la mémoire des forces naturelles qui l’ont façonnée.

L’érosion, patiemment orchestrée par le vent et les vagues, a donné naissance à des formes tortueuses et étranges, créant un décor sombre, presque lunaire, aux allures de paysage hors du monde. Face à l’immensité de la mer, le Cap de Creus apparaît comme un lieu à la fois à l’extrémité du monde et, peut-être plus encore, à son commencement.

Entre chaos minéral, lumière éclatante et silence méditerranéen, ce territoire d’une beauté magnétique a nourri l’imaginaire de nombreux artistes, parmi lesquels Salvador Dalí. Fasciné par ces formes étranges et cette nature en perpétuelle métamorphose, le peintre y trouva une source d’inspiration essentielle, un prolongement naturel de son univers surréaliste.

Pelayo Martínez Paricio : entre héritage catalan et modernité méditerranéenne

Né à Figueres le 15 octobre 1898, Pelayo Martínez Paricio appartient à une génération d’architectes catalans qui, au début du XXe siècle, cherchent à unir héritage et modernité. Diplômé de l’École supérieure d’architecture de Barcelone en 1920, il s’inscrit dans le courant noucentiste, défendant une architecture fondée sur l’équilibre, les traditions locales et l’identité des territoires.

Son œuvre s’épanouit principalement dans l’Empordà, entre villages historiques, paysages ruraux et littoral méditerranéen. Architecte municipal de La Bisbal d’Empordà, il contribue à façonner l’identité architecturale de la région. À Figueres, sa ville natale, il réalise plusieurs édifices remarquables, parmi lesquels les maisons Cordomí-Canet sur la Rambla ainsi que les immeubles Comet (1922), Dalfó (1923), Galter Bassols et Pagès Bassols (1928), témoins de son attachement à une architecture catalane élégante et enracinée.

En 1931, il intervient dans la rénovation de la Torre Gorgot à Figueres, qui deviendra plus tard la Torre Galatea. Des décennies après, Salvador Dalí l’intègre à son univers artistique en hommage à Gala, transformant ce lieu en l’un des symboles du Teatre-Museu Dalí.

Dans les années 1960 et 1970, alors que la Costa Brava devient une destination internationale, Martínez Paricio accompagne cette évolution avec une vision respectueuse du paysage. À travers des projets comme le Club Méditerranée de Cala Culip, près de Cadaqués, ou l’Hostal Bon Retorn, il réinterprète l’architecture populaire méditerranéenne avec des formes contemporaines, privilégiant l’intégration au site et l’esprit du lieu.

Il disparaît le 13 juin 1978 à Figueres, laissant une empreinte durable sur l’Alt Empordà, le Baix Empordà et la Costa Brava. De Cadaqués au Port de la Selva, de Roses à Calonge et S’Agaró, son œuvre compose un itinéraire architectural où patrimoine, paysage et modernité méditerranéenne continuent de dialoguer.

Entre le XIVe et le XVIe siècle, Cadaqués vécut tourné vers la mer, mais cette ouverture sur la Méditerranée fut aussi sa plus grande vulnérabilité. La cité fut régulièrement menacée par les corsaires et les flottes ottomanes, qui voyaient dans ce village isolé du Cap de Creus une escale stratégique. En 1444, une attaque menée par des galères mauresques incendia la ville et détruisit les archives municipales. Près d’un siècle plus tard, en 1543, le corsaire ottoman Khayr ad-Din Barberousse, dit Barbarossa, assiégea Cadaqués et ravagea le village, dont l’ancienne église. Pour se protéger de ces incursions venues de la mer, les habitants renforcèrent progressivement leurs défenses avec une enceinte fortifiée, dont subsiste notamment le secteur d’"Es Baluard", offrant aujourd’hui l’une des plus belles vues sur la baie. Curieusement, la guerre civile espagnole épargna en grande partie le village, resté si isolé que certains habitants n’eurent connaissance du conflit qu’avec retard.

Aujourd’hui, Cadaqués demeure l’un des villages les plus emblématiques de la Costa Brava, avec ses maisons blanches, ses ruelles pavées et son atmosphère préservée. Sa renommée internationale repose en grande partie sur les artistes qui y ont trouvé une lumière unique et un refuge créatif, de Pablo Picasso à Marc Chagall. Mais c’est surtout Salvador Dalí, enfant du pays et figure majeure du surréalisme, qui a définitivement associé Cadaqués à l’imaginaire artistique mondial.

Parmi les lieux à découvrir, l’Église Sainte-Marie de Cadaqués domine le village depuis son promontoire. De style gothique tardif avec des éléments baroques, elle abrite un spectaculaire retable réalisé par Pau Costa et Joan Torras. La Casa Serinyana, construite en 1910, illustre l’élégance du modernisme catalan avec sa façade ornée de céramiques, même si elle ne se visite pas. Enfin, l’ancien cimetière, face à la mer, dévoile de remarquables sculptures funéraires de Josep Llimona, témoignant du lien profond entre Cadaqués, l’art et la mémoire.

À moins de deux kilomètres au nord, Port Lligat dévoile une baie confidentielle lovée entre les oliveraies et les reliefs sculptés du cap de Creus. Ancien hameau de pêcheurs préservé, le village semble suspendu hors du temps, dans un décor minéral d’une beauté brute qui inspira profondément Salvador Dalí tout au long de sa vie.

En 1930, séduit par la lumière et l’isolement des lieux, Dalí acquiert une première cabane de pêcheur avant d’en réunir plusieurs autres au fil des décennies. De cette succession d’agrandissements naît une demeure labyrinthique, coiffée des célèbres œufs devenus son emblème, que l’artiste décrivait comme une "véritable structure biologique". Aujourd’hui transformée en maison-musée, elle fut le refuge de Dalí et de Gala jusqu’à la disparition de cette dernière en 1982.

Déployée en terrasses face à la Méditerranée, la maison offre des panoramas saisissants où la lumière sublime la baie sous tous les angles. Sur la plage, la célèbre Barque-cyprès, une embarcation surmontée d’un cyprès faisant office de mât, est devenue l’un des symboles les plus iconiques de l’univers poétique imaginé par Dalí.

Prenez le temps de flâner dans les ruelles silencieuses de Port Lligat, d’en apprécier la douceur méditerranéenne, puis prolongez l’instant sur la terrasse de l’hôtel Port Lligat, face à une baie dont le charme magnétique continue de séduire voyageurs, artistes et rêveurs.

Du Club Med

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